19 mars 2012

Les petites théories de Mr Stiegler

Un certain Bernard Stiegler, présenté comme « philosophe » et Président de l’« Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit » (oui ça existe vraiment) a pondu un article publié sur le NouvelObs.com et intitulé « Faut-il sortir du libéralisme ? ».

 

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« Toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil » (Molière, Le Malade Imaginaire)

L’article se paie le luxe d’aligner de façon chaotique une série d’affirmations non documentées et non chiffrées dans une insupportable novlangue pseudo-intellectuelle où il s’empresse de déverser toute sa haine et son mépris pour les autres êtres humains dont il fustige « l’irresponsabilité, la dépendance et l’addiction » ainsi que la « toxicité mentale », rien que ça. Il accuse l’humanité entière d’être en situation d’ « incapacitation généralisée », trop stupide pour faire face à un complot  mondial tantôt de « la dogmatique néolibérale et libertarienne », tantôt de l’ « idéologie néoconservatrice », au choix. Voire carrément du  « néoconservatisme "néolibéral", ou "ultralibéral" ».

Il est très important de paraitre intellectuel pour faire vibrer une petite horde de « penseurs » d’extrême gauche. On doit donc expliquer le monde par une série d’implications complètement tirées par les cheveux, en plus ça fait peur de voir une chose en impliquer une autre qui en implique une autre, qui en implique une autre, etc… Jugez plutôt :

« En l’occurrence, il s’agit dans notre cas de la catastrophe économique qui résulte précisément des réactions en chaînes induites par une situation d’insolvabilité généralisée engendrée par le développement aveugle et illimité du consumérisme généralisé prescrit par la dogmatique néoconservatrice. »

La dialectique de Stiegler fait croire que le monde serait dominé par un tel complot qui nous imposerait par la force toute une série de choses. Ce monstre « prescrit », « impose », « détruit », « liquide », « soumet » à une logique, … sans qu’on sache vraiment de quelle façon il élimine d’autres choix, avec quelle armée. Stiegler veut faire croire que le libéralisme s’est imposé sans que nous n’ayons le choix, alors que personne n’est obligé de déposer son argent à la banque, personne n’est obligé de regarder des publicités, personne n’est obligé d’acheter des biens de consommation. Il se trouve que de nos jours, les gens supportent de moins en moins la famine et qu’ils ont trouvé un moyen facile, mais ô combien « consumériste » et « décapacitant », de se nourrir qui est d’aller dans un supermarché.

D’ailleurs Stiegler lui-même n’a jamais été empêché de dénoncer ce « dogme consumériste » comme il le souhaite et de penser différemment, c’est bien la preuve que rien ne nous est imposé. A moins que Stiegler soit effectivement supérieur au reste de l’humanité qui ne comprend rien et qu’il méprise tellement ! C’est seulement cette supériorité qui lui a permis d’échapper à l’addiction à laquelle le commun des mortels ne peut se soustraire. En dehors du fait qu’il publie dans un journal appartenant au groupe Lagardère, alors qu’il aurait pu le faire sur du papier recyclé qu’il aurait produit et diffusé lui-même, sans passer par un grand groupe financier néoconservateur consumériste toxique.

Dans le monde de Stiegler, «  la destruction de toutes les formes de puissances publiques a été engagée »,  selon lui, « la société consumériste, extrémisée par le néoconservatisme "néolibéral", ou "ultralibéral", a liquidé les puissances publiques ». Il va sans dire que notre champion se garde bien de nous présenter les courbes montrant une baisse généralisée des dépenses publiques dans les Etats de son pauvre petit monde tout triste. La réalité est que selon l’OCDE, les dépenses publiques totales de ses pays membres (qui sont les pays les plus soumis au consumérisme néoconservateur libertarien décapacitant et addictif) sont passées de 38,8% du PIB en 2000 à 43,3% en 2012.

Stiegler se plaint que « les institutions d’éducation étaient soumises à la même logique et se trouvaient dès lors dans l’impossibilité d’assumer leur mission première » sans dire que dans ces mêmes pays de l’OCDE, les dépenses publiques d’éducation ont augmenté partout (dans tous les pays sans exception) entre 1995 et 2007. En posant une base 100 en 2000, les dépenses publiques d’éducation dans l’OCDE étaient à 86 en 1995 et sont passées à 122 en 2007. Pourtant Stiegler nous explique que « les pouvoirs publics […] n’ont plus le droit d’accepter cette situation : leur lâche renoncement les discrédite ici plus gravement que jamais. »

Enfin, il y a « la généréalisation (sic) de l’incurie et de l’irresponsabilité dont chacun perçoit plus ou moins le caractère éminemment dangereux – et en particulier, les parents et les grands-parents ». Stiegler met à sa sauce le sentiment qui depuis la nuit des temps fait dire aux anciens que les plus jeunes n’ont plus de « savoir vivre » (le fameux « age d’or » où tout était si bien). Ah ! Les jeunes d’aujourd’hui, y a plus de saisons ma bonne dame. De notre temps, avec nos deux guerres mondiales, on avait plus de « savoir vivre ».

Heureusement, il y a une solution à tous ces drames :

« À cela, il y a évidemment une alternative, que je tente de théoriser et de contrétiser (sic) avec l’association Ars Industrialis. Ce que nous appelons l’économie de la contribution est une économie de la recapacitation et de la déprolétarisation généralisées – telles que les technologies numériques les rendent possible dans tous les domaines »

Bon, les technologies numériques, que ce soient les ordinateurs, les tablettes numériques, le web, les logiciels, ou que sais-je, ont été développées uniquement par des entreprises privées appartenant au complot consumériste décapacitant. En faire la base de son beau petit système qu’il souhaite imposer par la contrainte de l’Etat, c’est quand même légèrement gonflé ! Quoi ? Internet et la libéralisation de la connaissance qu’il apporte serait un élément d’émancipation des individus ? Problème…

Pour finir, notons que sa fabuleuse « Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit » est sous perfusions de subventions publiques : en surfant sur le web, on trouve la trace au moins de 10 000 € en 2009 de la Région Ile-de-France10 000  € en 2010 de la Région Ile-de-France et aussi 25 000€ en 2011 de la part de la Région Centre pour la création d'une "école de philosophie" à Epineuil-le-Fleuriel qui semble faire 8 cours de 3h par an et un séminaire à l'attention de 12 étudiants étrangers... On parle bien de 25 000  € ! Tout de suite, les appels à l'augmentation de la dépense publique de Mr Stiegel prennent un sens plus concret...

Commentaires

Je suis vraiment triste à la lecture de votre article, car je comprends difficilement comment il est possible de faire une interprétation aussi éloignée du message de Stiegler.
La majeure partie de votre article se base sur L’IDEE que Stiegler dénoncerait un complot... Un complot?? Mais quel complot??? Expliquez moi svp où Stiegler parle de complot? Parler du "Néoconservatisme ultralibéral”, en dénoncer les effets pervers, est-ce s’inscrire dans une théorie du complot...???
Ne peut-on pas faire une analyse des problèmes de notre société sans que l’on soit taxé de complotiste? Dites moi, est-ce possible svp?
Ne peut-on pas penser que notre système économique à apporté énormément de choses positives mais que le virage récent qu’il a pris est mauvais?
Est-il si déraisonnable et complotiste de constater que l’idéologie qui consiste à "laisser faire le marché” à la manière des néoconservateurs ultralibéraux est dévastatrice dans de nombreux domaines (écologique, économiques, relationnels, psychiques, etc...) ???
Pourquoi INTERPRETER les propos de qqun qui denonce l’ultralibéralisme comme étant complotistes ou anticapitalistes? Ce n’est PAS DU TOUT son propos! Je vous l’assure.
OUI, il est difficile d’entendre remises en cause les croyances sur lesquelles on a basé une très grande partie de notre compréhension du monde, surtout quand la critique est si radicale.
OUI, comme tout deuil, faire celui d’un système de croyance, concerne t-il l’ordre économique du monde ou autre chose, est difficile, et il est probable que l'on passe par les phases du déni de la colère et de la dépréssion. Je vous souhaite de dépasser le plus rapidement possible ces phases, car elles ne sont pas agréables.
Au plaisir de vous relire lorsque vous serez un peu plus éclairé.

Écrit par : Vincent Melchior | 27 novembre 2012

« Néoconservatisme "néolibéral", ou "ultralibéral" »

Joli. Deux fois néo et une fois ultra, ça rapporte gros au Scrabble anti-libéral.

Concernant le libéralisme présumé d'Internet, il faut quand même rappeler que la naissance d'Internet est le fruit d'une intervention étatique résolue, délibérée et massive : celle du ministère de la Défense américain.

Comme quoi il faut se garder de tout dogmatisme.

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 janvier 2013

Robert vous avez l'idéologie maintenant il faut travailler!

Écrit par : Guillaume | 10 septembre 2014

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