02 novembre 2006
Sarkozy libéral?
On a trop souvent qualifié Nicolas Sarkozy de libéral. A tort.
- la discrimination positive qu'il prône s'oppose à un des fondements du libéralisme : l'égalité des chances droits. Lorsqu'on est libéral, on ne peut pas accepter que l'Etat favorise une partie de la population plutôt qu'une autre.
- l'immigration choisie qu'il prône est tout autant antilibérale. Le libéralisme c'est la libre circulation des personnes sans barrières, sans murs, sans frontières. Choisir les immigrants pour ne prendre que les meilleurs revient à renvoyer dans leur pays ceux que l'on a considéré comme étant les moins qualifiés, les moins riches... Cela s'oppose totalement au libéralisme qui souhaite que chacun, quel qu'il soit, aie une chance d'améliorer sa condition là où il veut, quand il veut, et comme il veut. C'est un fait démographique : l'Europe va avoir besoin dans les décennies qui arrivent de l'immigration : notre natalité s'essouffle et si nous voulons rester une économie prospère et riche, nous aurons besoin de l'immigration.
- la gestion de la sécurité de Nicolas Sarkozy s'est avérée être un échec : au lieu de mettre en place une police de proximité qui évolue quotidiennement au coeur des quartiers difficiles, le Ministre de l'Intérieur s'est contenté d'envoyer des CRS depuis Paris lorsqu'il y avait des émeutes. Cette gestion centralisée et bureaucratique n'est en aucun cas libérale.
- l'interventionnisme dans la grande distribution dont il a fait preuve lorsqu'il était Ministre de l'Economie pour "négocier" des baisses artificielles de prix s'oppose radicalement avec la vision libérale selon laquelle ce n'est pas à l'Etat de fixer les prix.
- mais aussi son interventionnisme tout court : "Je proposerai également que chaque bassin d’emploi frappé par une délocalisation bénéficie de financements massifs et ciblés pour accélérer la reconstitution d’activités. Une agence nationale de la réindustrialisation sera mise en place à cet effet"
- les régimes spéciaux de retraite pour les salariés d'EDF qu'il a mis en place constituent de nouveaux privilèges et une nouvelle injustice entre la fonction publique qui a tous les privilèges et le privé qui les paie. Ca n'a rien du tout de libéral.
- son refus de supprimer la PAC, exprimée dans le programme de l'UMP ("Défendre la politique agricole commune (PAC) auprès de nos partenaires européens et dans l’enceinte de l’OMC"), moteur du dumping subventionné sur l'agriculture des pays en développement, première cause d'appauvrissement des pays pauvres, est caractéristique d'une volonté de protectionisme acharné qui s'oppose fondamentalement au libéralisme.
- lors de la campagne pour le référendum sur la constitution européenne, il a dit : "Si la France dit NON au référendum ça sera les anglais, qui veulent un marché férocement compétitif, qui vont triompher". Sauf que leur modèle social est bien meilleur que le nôtre : peu de chômage (5% contre 9% en France) et peu de précarité (21% des chômeurs sont des chômeurs longue-durée contre 41% en France).
-Nicolas Sarkozy a affirmé son protectionnisme haut et fort lors de son discours d'Agen du 22 juin 2006 déclarant qu'il refusait que "le droit européen de la concurrence laisse les entreprises européennes à la merci des prédateurs du monde entier". Surfant ouvertement sur les peurs pour imposer un protectionnisme dogmatique, il a affirmé le 6 mars 2007 : "Il nous faut reconstruire un État qui protège pour conjurer l'angoisse qui paralyse tant de Français. On n'est pas incité à l'audace, on n'est pas incité à prendre des risques quand on vit avec la peur au ventre".
-Le programme de Nicolas Sarkozy est loin de toute rigueur budgétaire et de toute logique de désendettement. Avec un programme coûtant officiellement 30 milliards d'euros et 45 milliards d'euros selon l'Institut de l'Entreprise, il s'inscrit dans la continuité dépensière des gouvernements qui se succèdent depuis 30 ans. Sarkozy n'en a rien à faire : il balaie la question de la main : "Il ne faut pas en rester à une logique comptable, la croissance contribuera à financer mon programme". Miracle. (Source)
-Le 31 janvier 2007, il a annoncé à la télévision américaine qu'il n'était "pas pour la privatisation d'EDF". "Pourquoi? Parce que si EDF n'avait pas joué un rôle majeur, nous n'aurions pas le programme nucléaire qui a été lancé"...
-Le 13 février 2007, il s'est déclaré en faveur d'une taxe Tobin. Il a déclaré "la taxation des mouvements spéculatifs est une idée qui me paraît intéressante si elle est portée au niveau européen". Pour lui, taxer les entreprises, c'est "frapper les prédateurs". D'ailleurs il fait plus confiance à l'Etat qu'aux entreprises : "C'est pas l'entreprise qui rendra les universités compétitives" déclare-t-il sur son site Internet, oubliant que c'est l'entreprise qui fait la réussite des meilleures universités du Monde et l'Etat qui a fait l'échec de l'université française et les places minables qu'elles occupent dans les classements internationaux.
-Le 5 mars 2007, il explique sur son site ses projets pour l'avenir d'Airbus : "Il faut que l'État prenne les choses en main pour sortir de cette crise" oubliant que c'est précisément l'interventionnisme de ce même État qui est coupable de la crise. Il n'exclue pas une augmentation des parts de l'État : "Cette recomposition de l’actionnariat pourra au besoin s’accompagner d’une implication plus forte de l’Etat".
-Le 6 mars 2007, il a exprimé haut et fort son étatisme viscéral, par opposition au libéralisme : "Je ne crois pas à la doctrine de l'État minimum. Je ne crois pas à la doctrine du laissez-faire. [...] Je ne crois pas que la République puisse continuer d'exister sans un État fort. Je ne crois pas que le capitalisme puisse survivre si le marché est tout et l'État rien".
Nicolas Sarkozy refuse lui-même (avec lucidité) de se qualifier de libéral "Non! Je suis gaulliste" répond-t-il lorsqu'on lui demande. C'est en effet un néo-gaulliste conservateur fidèlement dans la lignée de la droite française et qui n'a rien de libéral. Il développe le culte de l'homme providentiel qui va améliorer la condition des français, alors que les libéraux estiment que les français sont assez grands pour l'améliorer eux même par leurs projets, leur créativité, leurs idées qu'il faut libérer.
A lire :
-"Image de Sarko en Europe : un protectionniste de choc !" par Aurélien Véron, Vice-Président d'Alternative Libérale qui nous fait part de ces deux articles de la presse étrangère, lucide, elle, sur l'illibéralisme de Sarko ici et ici.
-"Nicolas Sarkozy, le libéralisme et les droits de l'Homme" par Jean-Philippe Feldman, Professeur agrégé des facultés de droit et Avocat à la Cour de Paris
-"Les nouveaux droits sociaux de Sarkozy" par Jacques Garello
12:30 Publié dans Libéral ou pas? | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, UMP, libéral, libéralisme








Commentaires
Tu as tout à fait raison de dénoncer l'anti-libéralisme de Sarko, par contre, je ne dirais pas que le problème avec la discrimination-positive est qu'elle s'oppose à l'égalité des chances et que celle-ci serait un fondement du libéralisme. Le fondement du libéralisme, c'est plutôt l'égalité en droit (tout le monde a les mêmes droits), ce que nie évidemment toute forme de racisme d'État comme la discrimination positive.
"l'égalité des chances" au contraire est un principe vague et douteux qui peut donner lieu à toutes sortes d'interprétations collectivistes (redistribution des richesses, etc.) voire même justement de justifier la discrimination positive.
J'en profite pour te féliciter pour ton par ailleurs excellent travail de salubrité publique.
Ecrit par : Turion | 28 février 2007
Bonne remarque. J'adhère à 100%.
Félicitations pour ton blog également qui est une vraie bouffée d'oxygène !
Ecrit par : Libex | 28 février 2007
Bonjour,
Je suis libéral et j'anime un comité de soutien pour Nicolas SARKOZY ... à vous entendre personne n'est libéral dans cette campagne présidentielle ... bizarre votre raisonnement ! Je ne le partage pas du tout !
Ecrit par : gwen | 09 avril 2007
Gwen, si vous êtes libéral, vous devez bien comprendre que Nicolas Sarkozy ne l'est pas pour toutes les raisons évoquées dans cet article. On ne peut pas sérieusement dire que Sarkozy est libéral lorsqu'il défend la Taxe Tobin, la Taxe écologique, lorsqu'il propose l'interventionnisme "massif" (selon son propre terme) dans l'agriculture, l'économie et l'industrie, lorsqu'il fait l'apologie de la préférence communautaire et du protectionnisme, lorsque, Ministre de l'Economie, il fixe les prix dans la grande distribution et alloue de nouveaux privilèges aux salariés d'EDF. Il est regrettable que la voix libérale ne se fasse pas entendre dans cette campagne, tout comme les vrais sujets ne soient pas abordés au profit de sujets aussi inutiles que stupides que sont l'identité nationale ou l'eugénisme. Ceci dit parmi les programmes des candidats à l'élection présidentielle, ceux de François Bayrou et Nicolas Sarkozy sont clairement les plus libéraux, ou plutôt les moins illibéraux. Il est difficile de dire de ces deux là lequel est le moins mauvais. Cependant, lorsqu'on sait que Bayrou nommera un premier ministre socialiste, croire qu'il appliquera les quelques idées intéressantes libérales de son programme relève de l'utopie. Donc par élimination, en effet...
Ecrit par : Libex | 14 avril 2007
Je suis tombé par hasard sur ce blog.
= Affligeant cette dissertation sur le libéralisme.
Vous mériteriez pour la plupart d'entre vous de faire un stage dans les mines de charbon en Chine.
Qui est ou ne l'est pas libéral, on s'en fout. Ce que nous voulons c'est une République debout, fière, juste et honnête. Tout le reste c'est foutaise et bla bla stériles d'enfants gâtés.
Allez, au boulot maintenant.
Ecrit par : Der_unbekante_Mensch | 13 mai 2007
Pas tout à fait d'accord, désolé. Autant il est évident que Sarkozy fait peu de cas du libéralisme économique, autant l'immigration choisie relève d'une autre logique. Ici il parle de favoriser une immigration qui serait susceptible de ne pas vivre aux crochets de l'Etat. Comme les avantages sociaux garantis par monopole de l'Etat sont en porte à faux avec le libéralisme, le fait de donner à tout immigré potentiel le même accès à l'aide sociale, indépendamment de son profil de risque dans cette forme d'assurance, n'est pas justifiable par le libéralisme. Par bonté de coeur oui, par logique libérale, non.
Par contre, le pire aspect de la politique de Sarkozy, pire que son manque de rigueur budgétaire, pour un vrai libéral, est certainement son objectif - avoué en campagne présidentielle déjà - d'inflation monétaire, cet impôt antidémocratique qui gangrène le monde et qui fait déjà chuter les USA. Toutes ses interventions contre la BCE vont dans ce sens.
Ecrit par : Artisan | 19 mars 2008
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